Les singes qui voulaient voir la mer

   Avec le même œil et la même exigence qu’en photo j’ai eu l’opportunité de passer derrière la camera et de me frotter à la réalisation. Mon reportage photos “les singes qui voulaient voir la mer” a semblé suffisamment riche pour tenter une adaptation et c’est avec le concours de la société de production « Nomades » https://www.nomades.tv et Arte que nous avons, Dominique Hennequin et moi-même réalisé ce documentaire. Les compères Pascal Lorent et Thierry Simonet ont apporté leur expertise de cadreur au projet, en sous-marin pour le premier et principalement pour le drone et les interviews pour le second.


En quarante trois minutes nous irons à la rencontre de trois communautés de macaques toutes
établies en bord de mer dans le golfe de Thaïlande. On découvrira que si certains ont inventé des outils de pierre pour mieux exploiter les ressources marines, d’autres ont découvert à l’instar d’Homo sapiens la musique. Assiste-t-on à la naissance de l’art chez nos cousins macaques?

Bénéficiant d’une relative immunité grâce au dieu Hanuman on les suivra dans une ville côtière où la cohabitation avec les Hommes est parfois chaotique, donnant lieu à des scènes de dessins animés.

Nos velus cousins ont su apprivoiser l’élément liquide en plongeant en apnée dans l’océan, dans les mangroves saumâtres mais également dans les piscines cristallines des complexes hôteliers. Yeux grands ouverts, sous l’eau ils poursuivent leurs jeux avec un plaisir communicatif.

Quarante trois minutes en plongée dans l’intimité des macaques crabiers.



La vérité sur les envahisseurs

Mon travail photographique au long cours sur les espèces exotiques paru chez Belin dans  Beaux d’ailleurs écrit par François Lasserre a aussi été une source d’inspiration pour deux documentaires. Co-réalisés avec Dominique Hennequin « la vérité sur les envahisseurs : ils sont partout ! » Et « La vérité sur les envahisseurs : nuisibles vraiment ? » produits par la société « Nomades » et diffusés sur Arte.

On les appelle « aliens » ou « envahisseurs ». Ces espèces exotiques parfois « invasives », arrivées naturellement ou introduites par l’homme mettraient en péril notre économie, notre santé et nos écosystèmes et seraient même la deuxième cause de chute mondiale de la biodiversité !

Si cette analyse se vérifie sur les îles avec des exemples spectaculaires, elle n’est pas fondée sur le continent où aucune espèce venue d’ailleurs n’a causé la disparition d’une espèce autochtone. La mauvaise réputation de ces «espèces exotiques envahissantes » (EEE) ne serait donc pas justifiée.

En particulier dans les zones septentrionales où la dernière glaciation a drastiquement réduit la biodiversité, ces écosystèmes peuvent, contre toutes les idées reçues, accueillir facilement des espèces exotiques qui trouveront rapidement leur place.

Si certaines espèces exotiques posent des « problèmes » environnementaux, économiques ou sanitaires, on oublie trop souvent les bénéfices globaux tirés des exotiques. Les premières « invasions » d’espèces causées par l’homme remontent en effet au néolithique quand le blé avec le coquelicot et le bleuet ont quitté le croissant fertile pour conquérir l’Europe occidentale puis le monde entier. Une partie importante de notre économie repose sur des espèces venues d’ailleurs : le riz et le maïs nourrissent l’humanité sur tous les continents bien qu’ils aient des origines géographiques différentes. Savez-vous aussi que les lapins de Garenne, les carpes, les faisans de Colchide, les cygnes ou les châtaigniers sont à l’origine, des espèces exotiques?


Notre perception de l’altérité varie avec le temps et les histoires que l’on se raconte. Ces histoires deviennent des mythes tenaces. Ainsi, on ignore que de récents « envahisseurs », les frelons asiatiques, sont moins dangereux que les abeilles. Ils sont aussi des pollinisateurs actifs. On ignore que la dernière glaciation a poussé loin de l’hexagone, vers le Danube, les silures qui sont revenus dès le Moyen Âge dans les lacs Suisses puis dans le Rhin dès le XIX siècle, cette fois aidés par les Hommes.

La mobilité des espèces est aussi capitale que le phénomène de mutation génétique dans le processus de l’évolution. La survie d’un individu dépend de son patrimoine génétique, de sa flexibilité comportementale et des conditions environnementales locales, le jeu du hasard favorisant une espèce plutôt qu’une autre.

Ne devrions-nous pas percevoir les espèces venues d’ailleurs comme un merveilleux réservoir des possibles pour l’évolution ? N’est-ce pas là un atout pour surmonter les bouleversements climatiques rapides et planétaires que nous vivons déjà ?

Partons à contre-courant de nos peurs de l’étranger, luttons contre les idées reçues et les mauvaises réputations en contemplant les sales gueules des silures, les couleurs chatoyantes des perruches à collier, la beauté des griffes de sorcières et les vols évocateurs des bernaches du Canada.

Êtes vous prêt à regarder ces étrangers autrement ?



BORNEO : la forêt miraculée

Cadreur animalier sur « Bornéo : la forêt miraculée » de Dominique Hennequin (Nomades).

Depuis 30 ans, les habitants du village de Sukau travaillent pour l’ONG HUTAN fondée par les docteurs Isabelle Lackman et Marc Ancrenaz.

Dans un véritable laboratoire à ciel ouvert, les équipes observent quotidiennement les espèces d’animaux qui vivent à Bornéo, installent des ponts de singe, posent des nichoirs artificiels à calaos et replantent à grand peine les clairières pour reconstituer une continuité de forêt.

À cause des plantations de palmiers à huile, 90% de la forêt primaire a disparue. Seuls restent de fins corridors accueillants une importante population d’orangs-outans, de nasiques, de calaos, et une multitude d’espèces moins connues mais tout aussi magnifiques.

Alors que la déforestation ralentit enfin, la possibilité de reproduire ailleurs cette méthode éprouvée en sauvant d’autres îlots de forêts, apporte le mince espoir de sauvegarder cette faune magnifique en grand danger d’extinction.